Carnets de marches

 

Marche du 2 juin 2017. Dans les jardins du Moulin de Nanteuillet.

Nous avons de la chance, car ce sont de bien belles périodes de beau temps qui s’offrent à nous depuis ces quelques derniers mois. Il faut même nous Le pont de rocaille.montrer prudents quant au choix du lieu de notre marche. C’est pour cela que Brigitte, connaissant bien les charmes de la campagne environnant Angoulême, avait proposé de nous attendre à Mouthiers. Elle allait nous guider et c’est donc tous ensemble que nous avons pris la direction de Blanzac puis Villebois-Lavalette. Il est toujours agréable d’avoir la surprise du lieu… Où allions-nous donc en empruntant ces petites routes sinueuses et ombragées ?

C’est sur la commune de Voulgézac que nous nous nous rendions, plus précisément au Moulin de Nanteuillet. Celui-ci est situé à une vingtaine de kilomètres du local de l’AVH. Le bâtiment date du XVIIe siècle et a été rénové au XXe siècle. Le dernier meunier est décédé en 1900 et c'est son gendre qui transforme le moulin en maison de campagne. Il fait dessiner les jardins et l'étang par le paysagiste Eugène Bureau en 1927. Les plantations comportaient un millier de rosiers.
Nous prévoyons de faire notre marche habituelle agrémentée de la visite des jardins du Moulin.
À notre arrivée sur les lieux, la grille L'étang.est grande ouverte, un platane étend son ombre et la Boëme est juste à nos pieds sur notre droite pour nous apporter un complément de fraîcheur.

Ce week-end, ce sont les « Rendez-vous au jardin », et même si nous anticipons un tant soit peu, la personne que nous rencontrons devant le moulin nous invite à cheminer à notre guise.
Nous  allons donc contourner le jardin par un chemin qui ne tarde pas à nous emmener dans des sous-bois.  A notre gauche se dresse une colline qui met bien à l’abri le site du Moulin. On lève la tête vers la pente rocailleuse pour faire remarquer à nos amis qu’une croix se dresse sur le coteau et qu’à mi-hauteur, entre la croix et nous, une grotte abrite un autel et une statue de la Vierge. Il nous faudrait emprunter un escalier pour y parvenir mais nous n’en  prenons pas l’initiative.
Nous sommes donc sur ce chemin bien agréable, marchant tout doucement à l’ombre. Je ne reviens pas sur les diverses variétés déjà rencontrées dans le cadre de nos marches forestières (noisetiers, chênes….), mais quelle tranquillité et quelle fraîcheur cela  procure aujourd’hui. Après quelques centaines de mètres, il faut bien avouer que nous somLe coin romantique.mes bien étonnés de ce que nous trouvons là, maintenant, à la sortie du bois. C’est un étang artificiel isolé dans toute cette verdure sauvage. Il permet l’irrigation et ravit sans doute les pêcheurs. Marie-Thérèse apprécie de s’asseoir sur le parapet qui borde l’étang à cet endroit.

Il nous faut repartir par le même chemin pour retrouver les jardins. Je dis « les » car ce sont différents espaces qui s’offrent à nous.
Nous  déambulons dans les allées bien dessinées. Nous ne devons pas nous tromper en l’affirmant, la rose est omniprésente en ces lieux: rosiers sur tiges, en pergolas, en parasol, en guirlandes… Toutes les couleurs s’offrent à nous, mais surtout, nos amis malvoyants et non-voyants peuvent sentir leur parfum délicat. Nous traversons un autre espace par un pont de rocaille. Des cygnes nullement effarouchés se promènent au bord de la rivière devant nous.
Les arbres sont bien présents aussi et quels arbres ! Parmi les conifères, les magnolias, saules pleureurs, platanes etc...,  le plus spectaculaire, un peuplier. Un panneau explicatif annonce : âge 400 ans, 9,40 m de circonférence, 50 mètres de haut. Nous nous sentons bien petits face à ce géant.
Ici et là, du mobilieLa fresque au jardin.r de jardin en béton mais ressemblant à s’y méprendre à des troncs moussus ajoute une ambiance romantique. Certains d’entre nous, fatigués par la chaleur, se reposent sur les chaises placées à différents endroits : là, c’est à l’ombre d’un arbre et plus loin ce sont de confortables fauteuils sous les bambous qui accueillent Helena et Bernadette.
Nous repartons vers l’entrée du Moulin, mais un autre espace nous a été conseillé avant de repartir. Nous entrons dans la cour. À notre droite, dans l’ancien lavoir, une crêperie rassasie les promeneurs gourmands. Nous découvrons le coin potager dans des allées transversales, les condiments, les tomates, les oignons. Une allée nous conduit au fond de ce jardin. La rivière est de nouveau ici et nous ne pourrons pas aller plus loin. De grands panneaux verticaux sont installés, la maîtresse des lieux offre gentiment des crayons aux artistes amateurs ou non, afin qu’ils exercent leurs talents. Un gigantesque marronnier nous protège du soleil. Assis dans l’herbe, nous prenons de quoi nous désaltérer, en échangeant comme d’habitude nos impressions sur cette belle ballade.

En repartant, nous entrons dans un petit bâtiment qui jouxte la crêperie. Nos marchLe partage du goûter.eurs retrouvent avec plus ou moins de nostalgie, tout ce qui était nécessaire pour laver le linge : le fourneau, les lessiveuses en zinc, les seaux, l’agenouilloir appelé aussi carosse de lavandière. Chacun y va de son souvenir. Plus ou moins bon de par la pénibilité du travail, les saisons…

Il est temps de repartir vers les voitures. Mais avant, et comme le veut « notre » tradition, c’est à l’ombre du platane de l’entrée que Jean-Paul nous offre son clafoutis maison et Yvonne son macaroné du Poitou.
Peut-être ferons-nous une dernière marche en juillet… À suivre !

  Michèle, Brigitte et Yvonne.   


Marche du 5 mai 2017. Le château de l'Oisellerie.

Le Château de l'Oisellerie.À cette saison, c’est souvent au dernier moment que nous envisageons de nous retrouver pour notre marche mensuelle. Mais nous faisons confiance à Yvonne qui surveille la météo de près. Jusqu’à présent, elle a toujours fait le bon choix ! Et en ce vendredi 5 mai, il fait beau et presque orageux. Le groupe habituel part en direction du Château de l’Oisellerie situé sur la commune de La Couronne.
Il se trouve à l’écart de la route nationale, et c’est après avoir traversé quelques ronds-points, que nous arrivons sur le parking. Le château est tout proche, mais nous le laissons pour le moment. Nous nous y arrêterons à la fin du parcours. En fait, nous allons partir pour une boucle d’à peu près 4 kilomètres.

Il est bon de rappeler ici que l’Oisellerie au XXe siècle était une école d’agriculture pour devenir ensuite un lycée agricole. Nous passons entre de grands bâtiments. Nous supposons donc qu’à notre gauche, ce sont des hangars de stockage pour du matériel. Sur notre droite, les bâtiments sont ouverts, et nous avons donc là de grandes étables. Quelques vaches montrent leur tête par-dessus les grilles ou murets. Quelques autres tournent dédaigneusement le dos à Geneviève, Rohini, et Bernadette qui s’en étaient joyeusement approchées !Pause à la sortie de la forêt.

Quelques mètres plus loin, nous bifurquons sur notre droite et nous nous engageons dans un petit sentier qui va nous emmener à travers les bois. Le chemin est tout à fait praticable car chemin de randonnée. De temps en temps, nous nous arrêtons pour faire remarquer à nos amis non-voyants ou malvoyants que nous sommes en présence d’arbres tels que des charmes, merisiers*, chênes ou noisetiers etc… Jean Paul connaît les noms latin de beaucoup de plantes, (je n’ai pas tout retenu !), par contre pour nous « amateurs », nous reconnaissons les coucous, les fraisiers sauvages, quelques orchidées, primevères, violettes…. Et là, les arbustes buissonnants aux tiges raides, aux feuilles très dures, vertes et très piquantes portant des boules rouges (un peu moins à cette saison), ce sont des fragons appelés « petit houx ». Nos animateurs vannerie, il y a quelques jours, nous ont appris que les jeunes pousses de cet arbuste ressemblent à des asperges et peuvent se déguster en omelette…. Et nous les avons repérées effectivement bien cachées en dessous.

Nous continuons de traverser le bois, trouvons des intersections, reprenons un sentier pour un autre bois. Elena chante, nous discutons amicalement de tout et de rien… C’est aussi cela la marche…. Comme dit Joël, cela fait marcher aussi bien les jambes que… la langue !
Maintenant il nous faut quitter la forêt, la contourner par un chemin un peu en contrebas. Les engins agricoles ont formé de belles ornières qui se sont remplies d’eau lors des dernièrEntrée du Château de l'Oisellerie.es pluies. Elena en a fait les frais malgré notre bonne volonté de l’aider pour les enjamber. L’état de ses chaussures n’a pas entamé sa bonne humeur ! En remontant vers le château, nous traversons les vignes. Ceux qui le peuvent, se rendent compte que les dernières gelées ont fait des dégâts. Et ceux qui touchent l’extrémité des jeunes pousses les entendent craquer sous leurs doigts.

Il y a quelques centaines de mètres à parcourir avant d’entrer dans l’enceinte du château. Et c’est tranquillement que nous y arrivons par l’arrière. Devant nous s’étendent des pelouses séparées d’allées (jardin à la française). Plus à notre droite, un grand bassin rectangulaire attire notre attention. Nous avions déjà entendu les grenouilles avant d’entrer, mais à notre approche, plus un bruit… la grenouille est farouche et n’est pas facile à repérer.
Un jardin de senteurs formant des petits carrés bordés de buis où l’on déambule, nous amuse. Nous reconnaissons la lavande, le romarin, l’estragon, l’aneth le thym etc.…. toujours en froissant les feuilles.
Nous contournons une très jolie fontaine (sans eau). Nous n’arrivons pas à comprendre ce que représentent les sculptures au centre de celle-ci. Quelques marches permettent d’y accéder. Elle est située dans une sorte de bassin à la forme carrée, un parapet en fait le tour.
Nous voici donc vraiment au pied du Château de l’Oisellerie toujours à l’arrière. Après avoir longé ses immenses murs, les avoir contournés, nous nous retrouvons devant l’entrée principale et nous entrons maintenant dans la cour par la porte cavalière surmontéeLa fontaine. de créneaux.

A propos de la dénomination « Oisellerie » du dit château, celle-ci provient du fait qu'à l'origine était situé à cet endroit un fauconnier (tour), dépendance de l'abbaye Notre Dame de La Couronne.
Ce n'est qu'à la fin du XVème siècle que furent entrepris des travaux d'édification d'un château transformant ce lieu en une propriété résidentielle où François 1er séjournera en revenant de Madrid et où il fût emprisonné par Charles Quint suite à la défaite de Pavie en 1525.
Le premier château qui constitue une des ailes est un bâtiment à étage, au toit pentu recouvert de tuiles plates ; une tourelle carrée qui contient l'escalier à vis présente des créneaux plus tardifs.
Deux tourelles forment les angles de la cour primitive ; elles ont retrouvé leurs toits à poivrière et l'une est prise dans les communs. Un pavillon carré a été construit plus tard entre la tourelle carrée et le pignon sud.
La grande aile nord, la grosse tour cylindrique et le pavillon rectangulaire sont du milieu du XVIe siècle.
Certains des toits sont couverts de tuiles plates, d'autres d'ardoises.
L'entrée présente une porte piétHistoire du Château, lue par Yvonne.onne et une porte cavalière surmontées de merlons et de créneaux.

Depuis 1989, le château appartient au Conseil Départemental. Celui-ci décide d'y faire installer une médiathèque du Centre départemental de documentation pédagogique de la Charente.
Le château est classé monument historique en 1911.
Le cadran solaire nous a échappé. Ce n’est pas faute d’avoir scruté les murs du château. Mais en fait, il se trouvait dans le parc à l’arrière se dressant sur la pelouse, telle une statue. Nous ne sommes pas allés jusqu’à lui…. dommage car il était facile d’accès pour tous. Un autre jour peut-être.

Pour l’heure nous regagnons le parking. Nous allons prendre le temps de nous asseoir sur les grands blocs de pierre à proximité des voitures. Yvonne nous a confectionné des galettes charentaises …. Et le goûter partagé après une bonne marche c’est aussi du plaisir !

*Le merisier.

Au cours de cette promenade, il est signalé la présence d'un arbre, le merisier. Cet arbre dont les origines géographiques sont les abords de la mer Caspienne s'est répandu dans toute l'Europe.
Cet arbre rustique dont le fruit, la merise, a donné le cerisier par sélection.Des merises bien appétissantes.
La production de merises était aisée dans la mesure où cet arbre prolifère facilement dans nos forêts. Ainsi au moyen âge, les paysans le considéraient comme un arbre providentiel limitant les effets de la famine qui pouvaient être récurrents. Cette prolifération de merisiers dans nos forêts fut telle que Louis XIV à la demande de Colbert signa une ordonnance en 1669 instituant l'arrachage de cet arbre afin de le remplacer par des essences comme le chêne. Celui-ci permettait la construction de navires de guerre ou de commerce, afin de contrer la suprématie anglaise sur les océans. La volonté du roi était une meilleure gestion du parc forestier afin que la production de grumes (bois) réponde au besoin des arsenaux.

Michelle, Yvonne et Yves.    


Marche du 6 mars 2017. Un bol d’air et d’histoire sur la commune de Balzac.

Sitôt arrivés près du château de Balzac, des cris d’oiseaux migrateurs nous ont tous fait lever les yeux vers le ciel. MalvoyaDépart sous un ciel grisnts ou aveugles, nous avons gardé ce réflexe, celui-là même qu’ont eu nos compagnons de marche, fascinés comme nous par ces voyageurs au long cours.  Or, les oiseaux volaient à trop haute altitude pour distinguer s’il s’agissait de grues ou d’oies sauvages et le vent dispersait leurs bavardages.

Maintes fois nous avons emprunté la route de Vars pour rejoindre la commune de Balzac, à environ sept kilomètres au nord-ouest d’Angoulême, sans nous douter que cette même route avait été un chemin saunier qui partait du port de L’Houmeau et où on transportait le sel à dos d'âne. Maintes fois nous avons traversé la commune, sans remarquer qu’elle était formée d’une multitude de hameaux, et offrait une configuration fort inhabituelle des bourgades charentaises.

À Balzac, l'école est située aux Genins, la Mairie au Charbonnauds, le cimetière aux Régniers, le château et l’église Saint-Martin aux Chabots… Église et château ne formaient qu’un seul bien quand il fut offert en 1153 par le comte d’Angoulême Guillaume IV Taillefer à Pierre Laumond, abbé de Saint-Amant-de-Boixe.

De style roman, l’église de Balzac a dû être consolidée et même partiellement reconstruite, notamment aux cours des XVIIe et XVIIIe siècle. Sa façade, renforcée à ses extrémités par deux contreforts, reste d’une grande sobriété. Elle cL'église St Martin et le châteauomprend un portail simple formé de deux voussures sans aucun décor. Ce portail, qui laisse apparaître les traces d’un porche à double pente, est surmonté d’une baie en plein cintre soulignée par un cordon en pointes de diamant, seul vestige du décor roman [1]. La sculpture en bas-relief d’un cavalier, probablement réalisée au XVIIe siècle surplombe l’ensemble. « Sa posture, buste de face et main tendue à l'arrière, évoque saint Martin coupant son manteau pour le donner à un pauvre » [2].

À défaut de pouvoir entrer par le portail, nous avons tenté de pénétrer dans l’église par « une porte percée dans la deuxième travée de la nef en direction du château » [3]. Elle date probablement du début du XVIIe siècle, au moment ou l’église connaissait des travaux de restauration, financés par les châtelains de l’époque, Guillaume Guez de Balzac et son épouse, parents de l’écrivain Jean-Louis Guez de Balzac. Cette entrée était réservée aux propriétaires du château et à leurs hôtes.

Pour nous, ce fut porte close. Une nouvelle page d’histoire nous attendait aux Régniers, devant une tombe située au bout de l’allée qui part de la grille d’entrée du cimetière et mène à sa partie la plus anciTombe du soldat de l'An IIenne. Dans un renfoncement se trouve la tombe de Jean Chabot, dite la Tombe du Soldat de l’An II.

Jean Chabot, né à Balzac en 1773, s’est engagé dans l’armée napoléonienne en 1792 lors de la levée en masse de volontaires qui a suivi  la proclamation de la patrie en danger. Une plaque commémorative de marbre noir, encastrée dans un socle, retrace ses principaux faits d’armes, de l’an II à l’an IX de la République.

Jean Chabot s’est  notamment illustré dans l’Armée du Nord et lors de la deuxième campagne d’Italie. Ces faits d’arme lui ont valu l’attribution d’un fusil d’honneur, d’un sabre d’honneur de Grenadier et la légion d’honneur, tous sculptés dans la pierre d’une haute colonne qui s’élève au-dessus d’un socle évasé et se termine par une croix.

Nos doigts se sont promenés sur la partie accessible des sculptures pour en comprendre la disposition. Des feuillages entrecroisés décorent le bas de la colonne. Un peu plus haut, au centre, se trouve la médaille de la légion d’honneur en forme d’étoile à cinq rayons. Au-dessus de la médaille, nous reconnaissons la crosse du fusil prolongée d’un long fût. Sur la droite, nous discernons la pointe du sabre, puis la courbure de sa lame qui semble passer sous le canon du fusil On reconnaît les sculptures dans sa partie supérieure. Nous éprouvons toujours une grande satisfaction quand le toucher nous permet d’appréhender les formes et les volumes  sans qu’ils nous soient décrits par une personne voyante.

La route qui longe le cimetière passe un peu plus loin devant des porches charentais, éléments architecturaux typiques de l’ouest du département, qui ont fait l’admiration de nos amis voyants : L’un d’eux, en ogive comme sa porte adjacente, est surmonté d’une corniche et offre des moulures sur ses deux piliers. Ces porches clôturent parfois les cours intérieures des domaines agricoles ou viticoles, mais peuvent aussi avoir un rôle purement décoratif.

Laissant derrière nous les Régniers, nous empruntons la Route de La Chapelle, du nom du prochain lieu-dit, plus campagnarde. Des chevaux qui appartiennent probablement aux propriétaires du château paissent tranquillement dans leur enclos.

Il est agréable de marcher ou de flâner sur les routes et chemins calmes et praticables de la commune de Balzac. La Route de La Croix, d’où nous pourrons approcher le château, nous emmène tout d’abord à un carrefour où a été érigée une stèle surmontée d’une croix de chemiUn portail charentaisn. La couleur de son granit semble défraîchie par le temps ; aucune inscription n’est gravée, ni lignes de prière, ni nom de famille commanditaire.

Puis ce sont des terrains labourés, des carrés de vignes qui font l’essentiel du paysage. Un homme affairé à débarrasser les ceps de leurs sarments nous salue d’ailleurs sur notre passage. Nous n’avons pas traversé de grands vignobles sur notre parcours. Néanmoins, la viticulture est présente à Balzac et la commune est classée dans les Fins Bois, dans la zone d'appellation d'origine contrôlée du cognac.

L’ancienne allée des charmes, autrefois longue d’un kilomètre environ, est aujourd’hui bordée de prairies et ne mesure plus que quelques dizaines de mètres. Elle conduit jusqu’au porche du château, lui aussi en ogive et proche d’une porte piétonne de même forme, tous deux appartenant à l’enceinte des bâtiments, que Guillaume Guez et Marie de Nesmond ont fait reconstruire aux alentours de 1600 sur l’emplacement du château du XIIe siècle.

« En 1619, pendant le séjour de » Marie de Médicis « chez les Guez, la seigneurie de Balzac devint le carrefour où se rencontrait l'élite de l'époque : on y voyait Richelieu, le duc d'Épernon, le cardinal de la Rochefoucauld, le comte de Béthune » [4].

Après l'effort...C’est aussi dans ce château, qui ne laisse entrevoir que son toit d’ardoises, que Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654) a passé les trente dernières années de sa vie. Académicien, célèbre épistolier, surnommé le réformateur de la langue française, toute l’œuvre de Guez de Balzac est imprégnée de son goût pour la nature et les paysages charentais.


1. Les églises de France - Charente, Jean Georges, éditions Letouzé et Ané.
2. www.braconne-charente.fr
3. www.balzac.fr/histoire/eglise-saint-martin
4. Châteaux, Logis et Demeures Anciennes de la Charente, Jean-aul Gaillard, éditions Bruno Sepulchre.

Michelle, Yvonne et Claudine.    


Marche du 2 décembre 2016. Sport et découvertes sur le plateau de La Couronne.

Au sortir de La Couronne, à environ huit kilomètres d’Angoulême, nous abandonnons la route de Vœuil-et-Giget pour le Chemin de la BrDépart de la marche.andille, une petite route en cul de sac qui part du hameau des Séverins. Brigitte et Yvonne, les organisatrices de la marche de ce 2 décembre, nous ont donné rendez-vous sur le parking qui jouxte le boulodrome de  la Pétanque Couronnaise. Plus d’une vingtaine de joueurs sont en train de s’affronter sur ce terrain qui couvre environ 9000 m².

Parmi nous, certains connaissent déjà le plateau calcaire qui s’étend sur les hauteurs de La Couronne, traversé par le GR 4 qui relie Royan à Grasse. Aujourd’hui, nous nous contenterons d’en parcourir qu’un tronçon pour rallier le hameau de Mougnac,  puis d’aller par les autres sentiers pour effectuer une boucle qui nous ramènera aux Séverins. Le GR 4 monte en pente légère à travers Bois Brûlé, essentiellement peuplé de chênes. Il est à cet endroit aménagé en parcours sportif, bordé d’une longue série d’ateliers. Après lecture des panneaux expliquant l’utilisation des différents agrès, plusieurs d’entre nous ont volontiers essayé leurs muscles : Joël a épaté tout son monde à la barre fixe, Brigitte n’est pas parvenue à améliorer ses derniers records  aux barres parallèles…

La lisière de Bois Brûlé que nous ne tardons pas à atteindre offre un point de vue remarquable sur l’aggBrigitte en plein exercice.lomération angoumoisine : la cheminée des cimenteries Lafarge (qui ont cessé toute production depuis quelques jours après 86 ans d’activité), le Lisa de Ma Campagne, le sommet d’un château d’eau que nos amis voyants ont des difficultés à localiser.

Un muret de pierres sèches et irrégulières borde sur plusieurs dizaines de mètres la route des Petits Bois qui mène au hameau de Mougnac. Il s’interrompt pour laisser place à une cour, avec au fond l’entrée des anciens bâtiments que nous croyions être le Logis du même nom. À notre grand regret, le haut mur d’enceinte et la grille ne laissent apercevoir que les tourelles et leur toit d’ardoises. Alors que nous nous dirigeons vers la chapelle du hameau, nous apprenons d’un autochtone qu’il s’agit en fait d’une construction du XIXe siècle appartenant à un domaine viticole et aménagée en gîte rural.

L’église de Mougnac, « du XIIe siècle, fut ruinée en 1563. Elle n'était pas complètement abandonnée en 1621, puisqu'à la date du 5 septembre, les registres paroissiaux nous apprennent qu'il s'est fait un baptême dans la chapelle autrement connue sous le nom de Chapelle de Monsieur Saint-Nicolas sise au village La chapelle de Mougnac.de Mougnac, paroisse de Saint-Jean-de-la Pallud de La Couronne (sic- archives départementales) » [1]. Situé sur une propriété privée, ce petit édifice est mal connu. Les spectacles des Nuits Romanes de l’été 2011 ont  contribué « à sublimer l'atmosphère poétique qui émane de cette petite chapelle rurale » [2].

Le point culminant de La Couronne, à 137 mètres d’altitude, se trouve tout près de la chapelle, sur cette même propriété privée. Il est marqué par la présence d’un ancien relais télégraphique de Chappe, qui appartenait à la ligne Paris-Bayonne mise en service en 1823. « C’est une tour carrée, couvertes en tuiles canal, d’une hauteur de 10 mètres 48 d’après Kermabon, légèrement diminuée aujourd’hui » [3].

« Jacques Payannet (voir sources) en fait la description suivante: « Ses dimensions au sol sont de 4 mètres 70 sur 4 mètres 70. Les murs en maçonnerie, renforcés de pierres de taille, ont une épaisseur de 0 mètre 72. Au rez-de-chaussée s’ouvrent la porte d’entrée et une petite fenêtre. Une cheminée à l’intérieur laisse supposer que c’était l’habitation du stationnaire. On accède à l’étage par une échelle. Il est éclairé d’une fenêtre au-dessus de laquelle une petite Le télégraphe de Chappe.ouverture carrée, orientée en amont vers Angoulême, paraît être celle de la boîte à lunette » [3].

Comme toutes les stations télégraphiques, celle de Mougnac disposait de deux lunettes dirigées chacune vers la station la plus proche, en amont et aval de » sa « propre position » [3] : en amont celle d’Angoulême installée sur la tour Lusignan de l’ancien château comtal, en aval celle de Plassac-Rouffiac.

Plus en retrait du chemin que les autres constructions, s’élève le Logis de Mougnac. « Ce logis qui faisait partie du fief de l’abbaye Notre-Dame de La Couronne, est une maison fort ancienne avec des parties bâties au XVe siècle et deux pavillons du XVIIe siècle, qui encadrent le corps du logis » [1]. Aujourd’hui, son grand portail est fermé et nous resterons sur notre faim.

Nous longeons cette propriété privée sur quelques dizaines de mètres encore, pour emprunter un chemin de terre qui progresse à travers le vignoble. Le voilà, ce château d’eau que personne ne savait localiser il y a quelques instants !

Pour rejoindre nos voitures,  il nous faut descendre sur plusieurs centaines de mètres à travers Bois Brûlé, par un nouveau sentier lui aussi bordé d’une L'heure du goûter.succession d’agrès. Peu à peu, le bois s’éclaircit. Une cabane de chasseurs et l’enclos lui attenant ont été construits sous les derniers arbres, près de la route qui surplombe le terrain de moto-cross de La Couronne.

L’heure du gâteau approche… Nous avons d’ailleurs repéré dès notre arrivée les tables de pique-nique près du boulodrome. Pendant que les joueurs rivalisent de dextérité, Yvonne s’applique à partager le cake aux pruneaux de sa confection. Après 4 kilomètres de marche, un petit café eût été de mise en accompagnement.

1. https://fr.geneawiki.com/16113_-_La_Couronne.
2. https://nr2011.cr-poitou-charentes.fr.
3. www.lepicton.com n° 186 novembre décembre 2007.

Michelle, Yvonne et Claudine.    


Marche du 4 novembre 2016. En amont de la vallée de l’Anguienne.

Au sortir de Soyaux, nous quittons la route de Périgueux et empruntons la route du Peu qui traverse le lieu-dit du même nom. Elle descend, toDépart de la marche.ute en sinuosités et à travers bois, sur deux ou trois kilomètres avant de rejoindre Le Got, sur la commune de Dirac. Nous abandonnons nos voitures à proximité du Centre Équestre du Moulin du Got, bien connu des angoumoisins.

De nombreux chevaux paissent en toute tranquillité et ne semblent guère se préoccuper de notre arrivée. Or, en ce 4 novembre, loin de nous l’intention de faire une balade à cheval, à dos de poney ou en calèche. Nous venons seulement de rallier le point de départ de notre marche mensuelle, pour la troisième fois dans la vallée de l’Anguienne, mais aujourd’hui tout près de la source du ruisseau et à environ sept kilomètres d’Angoulême.

C’est en effet à Dirac, plus précisément au lieu-dit Le Boisseau limitrophe de la commune de Garat, que l’Anguienne prend sa source. Nous ne tardons d’ailleurs pas à traverser une passerelle qui enjambe un canal de dérivation du cours d’eau, probablement le bief qui alimentait autrefois la roue du moulin du Got.

Nous marchons sur une route de campagne, trop passante à notre goût, mais servant sans doute de raccourci aux habitués du centre équestre et aux habitaL'Anguienne au Moulin de Baloge.nts des nombreux hameaux de la vallée. Après le premier virage, le vieux moulin du Got apparaît sur notre gauche, le centre équestre sur notre droite. Ici, les chevaux se montrent fort intéressés par notre présence, accourent à notre approche et passent leurs têtes au-dessus des balustrades de bois.

Il est flagrant que ces animaux sont habitués à recevoir caresses et nourriture des promeneurs. Pris de quelque appréhension, certains d’entre nous s’y refusent, voyants ou déficients visuels confondus. Des personnes aveugles confient leur main à leurs accompagnateurs pour leur tapoter la joue tout en leur adressant quelques mots. Yvonne, qui n’a rien oublié de notre visite aux chevaux de la vallée des Eaux-Claires, ne sortira pas la moindre miette de gâteau de son sac.

Un chemin blanc caillouteux mais néanmoins praticable progresse entre des arbustes de tous genres. En contrebas coule l’Anguienne, que  nous apercevons en écartant les branchages, et discernons en même temps les reflets  du lac qu’elle traverse. Il est probable que ce plan d’eau soit situé sur d’anciennes fosses d’extraction de tourbe : « en 1858, on signale des tourbières en exploitation notamment dans les vallées de l’Anguienne, des Eaux-Claires et de la Charraud. L’épaisseur de la couche de tourbe reste très variable mais relativement limitée dans le site contrairement à la proche vallée de la Boëme. Ces tourbes sont récentes, 8000 à 6000 avant J.C » [1].La forêt des sorcières d'Yvonne.

Alors que le chemin s’élargit et  longe maintenant une haie de lauriers, nous arrivons au moulin de Baloge, autre moulin destiné à la fabrication de l’huile de noix et à la mouture des céréales, installé au fil de l’Anguienne. Une grange, aménagée en gîte rural, est simplement référencée sous le nom de La Grange du Moulin de Baloge. Elle vante à juste titre le calme du site et son caractère sauvage, classé Natura 2000 comme l’ensemble des vallées calcaires péri-angoumoisines.

Par précaution, nous préférons ne pas nous aventurer hors du chemin. Pourtant, le GRAHT [2] mentionne la présence d’un silo à grain tout près du moulin, dissimulé dans la végétation et à ouverture ovale. « Un bandeau circulaire a été taillé dans la roche calcaire pour permettre au couvercle de s’adapter et de se caler parfaitement dans son écrin, afin de fermer hermétiquement l’ouverture. La dalle plate du couvercle n’a pas été retrouvée ».

Le moulin comme le silo recèlent encore des mystères. Le silo de l’escargot aurait servi, poursuit le GRAHT,  « de cachette : Nous pensons que sa datation est contemporaine du moulin. Toutefois, un souterrain refuge creusé aux abords du moulin nous incite à la prudence pour cette datation, car ce type de monument est plus ancien que le moulin et le silo pourrait être également une réserve extérieure de secours ».

Nous n’en saurons pas plus aujourd’hui et  continuons notre itinéraire qui traverse une nouvelle Nos amies les chèvres.fois l’Anguienne. Nous marchons maintenant entre deux rangées de hauts peupliers, d’autant plus remarquables qu’ils contrastent avec la végétation habituelle des fonds des vallées calcaires péri-angoumoisines. « Les peupleraies, par la chute des feuilles, apportent de la matière organique (acides humiques) et peuvent entraîner un colmatage ou un envasement du milieu » [1]. La chute des feuilles fait néanmoins une heureuse, Brigitte, qui adore marcher dans les feuilles mortes. Elle s’en donne donc à cœur joie et fait même des émules au sein de notre groupe.

Plus exotiques encore que les peupliers, les « deux petites têtes charmantes » dixit Michelle, qui apparaissent derrière la clôture de leur pré, mais qui se tiennent loin de nous. « Deux alpagas », que nous pensions pouvoir aussi être des lamas. Punto, tout marron et Silvo, gris clair avec des taches noires, ont deux ans tous les deux. Bouba, c’est le chien de berger dont les aboiements ont averti la propriétaire de notre passage, avec qui nous échangeons quelques mots.

« Voilà la forêt des sorcières », nous annonce Yvonne. Ainsi a-t-elle décidé de nommer cette forêt de buis. Sitôt que noPunto et Silvo, les alpagas.us entamons la côte du chemin, dernière partie de notre promenade, nos compagnons de marche nous décrivent en effet les innombrables arbustes, échevelés comme les sorcières le sont dans nos souvenirs, et dont les branches recouvertes de mousse forment de longues guirlandes. Les buis sont caractéristiques de la végétation des parois ou des plateaux calcaires qui dominent les vallées citées ci-dessus.

À mesure que nous avançons, nous sentons que la pente se fait de plus en plus raide et devons nous reposer de temps en temps. Lors d’une halte, quatre chèvres  se présentent derrière leur clôture, et accepteraient volontiers une petite collation. Quelques dizaines de mètres plus haut, nos amis voyants s’arrêtent un instant pour contempler le domaine du Chatelard. Au loin, au sommet d’une colline, un hôtel-restaurant est installé dans une maison du XIXe siècle, entourée d’une propriété de quatre-vingts hectares composée de bois et de prairies. L’étang du domaine, lui aussi alimenté par l’Anguienne, couvre une dizaine d’hectares à lui seul.

Tout en regagnant le moulin de Baloge, les connaisseurs ne tarissent pas d’éloges sur la gastronomie du restaurant du Chatelard. Parmi eux, Yvonne, le cordon bleu de notre groupe, qui nous régale aujourd’hui d’un pudding aux fruits secs, Réconfort avec le bon pudding.figues et abricots, noix et raisins… Les chevaux du centre équestre n’auraient pas su l’apprécier, nous en sommes maintenant certains.

En voici d’ailleurs quelques uns en partance, accompagnés de jeunes cavalières qui marchent à leurs côtés tout en tenant leur licol. Une balade dans la vallée de l’Anguienne, c’est aussi aller de hameaux en villages par les sentiers et les chemins, de moulins en châteaux ou de grottes préhistoriques en anciennes carrières de pierres.

1. Site Natura 2000 n°11 – FR 5400413, Document d’Objectifs des vallées calcaires péri angoumoisines volume II.
2. www.graht.fr – Dirac Moulin de Baloge Silo de l’escargot.

Michelle, Yvonne et Claudine.    
 


Marche du 7 octobre 2016. Retour à l’Île Marquet.

Il nous restait quasiment tout à découvrir de l’Île Marquet, quand une violente et mémorable averse nous en avait expulsés le 11 mai dernier. Nous retrouvons en ce 7 octobre les bornes de bois et leurs dessins énigmatiques, Le Lavoir et ses curieux panneaux suspendus relatant l’épLes fidèles marcheursoque des lavandières et des blanchisseries [1]. Sans trop nous attarder, nous empruntons de nouveau le sentier qui rallie les six autres stations d’interprétation. Elles retracent, de façon tout aussi originale que Le Lavoir, l’évolution de l’Île Marquet depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’à nos jours.

Le temps est calme, la température est douce, il fait bon marcher sur le sentier qui va s’élargissant ou se rétrécissant en fonction de la végétation. Nous ne tarderons pas à comprendre la présence insolite des nombreux figuiers dans un milieu aussi sauvage, parmi les aulnes et les frênes autochtones. Les irrésistibles figues blanches exposées à la convoitise de nos amis voyants se révèlent bien fades au goût de tous.

Plusieurs panneaux illustrent Le Jardin Ouvrier, en alliant textes, dessins et reproductions de cartes postales anciennes. « Durant plusieurs décennies, l’Île Marquet a accueilli les jardins et vergers des ouvriers des usines alentours. Imaginez un paysage totalement ouvert, structuré par les rectangles des parcelles cultivées, et, çà et là, de petits cabanons aux formes et couleurs hétéroclites » [2]. Une cabane de bois et de tôle ondulée, « sauvegardée par les services techniques de la ville d’Angoulême (…) est le dernier vestige physique de la présence des jardins ouvriers  sur l’île » [2]. Les figuiers et autres arbres fruitiers, la bambouseraie, en sont les témoins vivants.

Devenus aveugles ou malvoyants, nous avons gardé la mémoire des couleurs, de leurs nuances et de leurs contrastes. Aussi savons-nous apprécier, à notre manière, la dominance du rose saumon sur les panneaux d’information qui jalonnent notre parcours, tels des taches de fleurs dispersées dans la verdure. Couleurs, graphismes et documents redonnent vie aux jardins : ici, un jeuLa cabane du jardinier (panneau)ne jardinier coiffé d’un chapeau de paille pousse une brouette sur une allée bordée d’arbres, là-bas ce même jardinier ratisse des feuilles mortes.

Sur les parois de la cabane, sont accrochées des reproductions de baux, de lettres de créance, de factures, de commandes de graines… Vient s’y ajouter un avertissement  daté du 21 février 1939, adressé par la Police de la grande voierie à Madame Gobeaud, demeurant à Angoulême. Elle a élevé une clôture sur une zone de servitude.

« Installez-vous et laissez-vous bercer par les notes sonores de l'île » [3] ; quelques pas plus loin Les Chaises Musicales nous attendent et nous invitent, au lieu de nous disputer les places,  à nous asseoir pour prendre le temps d’écouter vivre l’Île Marquet ; à scruter le silence pour entendre le flux des eaux du fleuve, le souffle du vent dans les arbres, le bourdonnement des insectes, le bois qui craque ou la pierre qui roule, délogée par la petite faune de l’île.

Mais aujourd’hui et comme à l’accoutumée, la troupe s’éloigne, affairée à ses bavardages, sur le sentier qui sinue le long de la Charente. Chemin faisant, Yvonne a pourtant remarqué ces arbustes aux baies blanches, et en cueillerait volontiers quelques rameaux, idéals pour un bouquet champêtre ; entre deux prises de photo, Michelle aimerait bien dénicher quelques pieds de menthe sauvage pour agrémenter ses tisanes. Or, nous sommes sur un site classé Natura 2000, où la cueillette de la symphorine blanche ou de toute autre plante est interdite. Yvonne se contentera de ramasser deux bouteilles en plastique abandonnées par des promeneurs malveillants.

Actuellement considérée comme un joyau de la ville d’Angoulême, l’Île Marquet a vécu la RLes divers usages de l'ancienne usineévolution Industrielle du XIXe siècle : « vers 1830, Pierre Marquet a établi une roue pour actionner une pompe afin d’arroser sa prairie. Plus tard, l’énergie de cette roue a été utilisée comme moteur pour le fonctionnement d’une féculerie de pommes de terre. Cette  usine a été par la suite transformée en scierie de bois, en cartonnerie et enfin en moulin à plâtre » [2]. Voici en quelques lignes le résumé du passé industriel de l’île, inscrit sur un imposant panneau que nous lisent nos accompagnateurs.

« On a poussé, on a tiré, et c’est finalement Bernadette qui a trouvé », nous confiera Michelle, comment actionner la poignée qui fait simultanément apparaître les dates et les transformations notoires de l’usine entre 1835 et 1915. L’Usine, quatrième station d’interprétation, relate donc quatre-vingts années d’activités humaines sur l’île, en s’appuyant également sur les dessins d’une roue et de la silhouette d’une haute cheminée, d’un acte de vente daté de 1854 ou d’anciennes photographies. Mais l’ancienne et haute cheminée, dernier vestige du passé industriel de l’Île Marquet, est difficile à distinguer derrière les frondaisons, et un grillage empêche de s’en approcher, pour des raisons de sécurité.

En quelques décennies, la nature a repris ses droits, et une végétation luxuriante recouvre aujourd’hui l’île et les strates de son histoire, révélées par la création du sentier d’interprétation. La municipalité a choisi de conserver les espaces de friches naturelles et d’appliquer la méthode de la gestion différenciée : « le maintien de la biodiversité, la limitation des atteintes à l’environnement, l’amélioratioLes papillons sur l'Île Marquet (panneau)n du cadre de vie des espèces et  un entretien minimum, consistant à maintenir la sécurité du site » [4].

Combien de vies a connu l’Île Marquet ? Elle est restée une prairie à l’herbe rase pendant des siècles, a accueilli de grandes fêtes pendant la Révolution Française, a vécu au rythme des activités humaines jusqu’au milieu du XXe siècle, pour devenir la friche naturelle qu’elle est encore de nos jours. Mais au fil du sentier se dessinent parfois de petites clairières, émouvantes de calme et de douceur. L’une d’elle descend vers le fleuve, et laisse nos accompagnateurs en admiration devant le saule pleureur qui ombrage l’autre rive. Ici l’eau est très claire et les branches retombantes du saule s’y reflètent ; des bergeronnettes que notre présence ne semble pas déranger y trempent leurs pattes fines, et les canards, imperturbables, se laissent porter par le courant léger.

Le Tas de Bois, cinquième station à caractère plus pédagogique, explique sur ses panneaux le principe de la biodiversité. Des panneaux circulaires, épousant la base des troncs d’arbres morts empilés, évoquent pour exemple les trois pics de l’Île Marquet (pic-vert, pic épeiche et pic épeichette) : « ces oiseaux connus pour leur tambourinage ont beaucoup souffert de l’élimination systématique des arbres morts » [2].

Sous nos doigts, nous constatons en effet que les troncs « sont marqués par la présence d’orifices d’une dizaine de centimètres, des trous de pics » [2]. D’autres tas de bois mort comme celui-ci sont aussi maintenus sur l’île. « Ils seront dégradés au fil du temps par tout un cortège d’invertébrés que l’on nomme les décomposeurs. Ces derniers sont un maillon indispensable de la vie terrestre et de l’équilibre des écosystèmes » [2].

Avant de reprendre le sentier qui s’écarte du fleuve pour revenir vers Le Lavoir, le dernier panneau intitulé « Qu’est-ce que la gestion différenciée » synthétise et insiste sur cette méthode et ses objectifs, dont celui de « sensibiliser le public à une gestion plus respectueuse de l’environnement » [2]. À quelques pas, se dressent de hautes silhouettes métalliques en forme de papillon, dUn cadre idylliquee libellule ou de fleur. Faune et flore sont protégées sur l’Île Marquet.

Tout près de la statue de Corto Maltèse, assis sur les marches de la passerelle, l’heure est au goûter et aux commentaires. Nous n’avons pas pris le temps de nous asseoir, ne serait-ce qu’un instant, sur Les Bancs aux Oiseaux, sixième station du sentier, pour « écouter chanter l’Île Marquet » [3]. La septième et dernière station, La Friche Ouverte, est-ce bien cet enchevêtrement de végétation impénétrable que le sentier contourne sur sa dernière partie ? D’autres questions subsistent. Où donc se cachent les silhouettes des chevaliers qui se battaient en duel durant le Moyen Âge ? Pourquoi le premier nom connu de l’île est-il celui d’Île Saint-Pierre ? Seules les Archives Municipales sauraient nous répondre…

1. Les naufragés de l’Île Marquet dans le Carnet de marches 2015-2016 de notre site.
2. Extrait des textes des panneaux du sentier d’interprétation.
3. Le Sentier d’Interprétation de l’Île Marquet, www.angouleme.fr/tourisme.
4. L'Ile Marquet : une oasis de nature à Angoulême, www.charente libre.fr, 21 août 2012.

Michelle, Yvonne et Claudine.    


Marche du 9 septembre 2016. Au Jardin de Chez Chiron.

Plus de deux mois se sont écoulés depuis notre dernière marche. Rien d’étonnant donc à ce que les langues aillent bon traArrivée au jardin.in autour de la canicule de ces dernières semaines, alors qu’une forte chaleur persiste toujours en ce 9 septembre. Nous apprécierons d’autant plus la fraîcheur des lierres, l’ombre des tilleuls, des bouleaux et des arbres fruitiers de ce jardin, situé à Barret, commune limitrophe de la Charente Maritime.

Comme un lopin de verdure dérobé à la monotonie du paysage, le Jardin de Chez Chiron, ainsi référencé parmi les parcs et jardins de France, est enclavé dans le vignoble de la Petite Champagne. Michel Fortin, jardinier et propriétaire des lieux, nous y accueille et sera notre guide, parmi les allées, les massifs  nombreux et les petites constructions de pierre qui peuplent le parc établi sur près de 4000 mètres carrés.

Le jardin ne s’exclut néanmoins pas totalement de son environnement, puisque « les allées de buis taillés répondent discrètement aux rangs de vignes » [1]. Nous pouvons sans la moindre difficulté y marcher de front avec nos accompagnateurs, franchir l’arche de lierre à larges feuilles bicolores, et aller toucher les différents volumes et formes des topiaires : boules, pyramides, spirales et autres sculptures végétales réalisées dans les buis et les loniceras. Ce sont elles, tout comme les buis divers et cet arbrisseau buissonneux d’au moins trois cents ans,  qui « assurent une structure permanente » [2] au jardin.

Une partie du jardin.
Les espaces laissés en herbe reverdiront dès les premières gouttes de pluie. De massif en massif, nous prenons peu à peu conscience de l’immense diversité végétale qui caractérise le jardin de Chez Chiron. Les uns reconnaissent les sauges bleu clair aux longues tiges, les autres confondent l’hortensia commun avec l’hydrangea aux fleurs plus larges, certains saisissent entre leurs doigts les tiges rigides des prêles, quelques uns heurtent les plessis de jeunes branches de châtaigner entrelacées… « Près de 150 rosiers et plusieurs centaines de plantes vivaces et d'arbustes donnent vie à ce jardin » [1] qui s’étend autour de la maison de son propriétaire.

« Un jardin d’amateur », a précisé Michel Fortin ; entendons par là le jardin d’un passionné de nature, qui aime à se rendre aux foires aux plantes, à visiter d’autres jardins, à introduire chaque année  de nouvelles espèces sur son domaine. La maison basse aux murs de pierre, quelque peu dissimulée par les arbres et les arbustes, donne invariablement sur les fleurs. Avec ses volets verts, sa façade recouverte d’ipomées volubiles et généreuses, la maison et le parc qui l’entoure ne font qu’un.

De petites constructions anciennes de pierre se dressent de loin en loin et rompent avec les perspectives de l’ensemble, tout en ajoutant à son charme. Michel Fortin a aménagé l’une d’elle en serre de quatre ou cinq mètres carrés. Lors de journées portes ouvertes au Jardin de Chez Le David de Michel Ange se cache dans le lierreChiron, des peintres utilisent la maisonnette pour exposer leurs œuvres  et agrémenter la visite du parc.

Michel Fortin a cette année dû utiliser l’eau d’un puits voisin pour préserver la vie des plantes et maintenir la floraison des géraniums couvre-sol, mais aussi des asters, des gauras, des anémones du Japon, des graminées, des arbustes tels que les caryoptéris aux fleurs bleu nuit… On ne souhaite pas faire d’inventaire, mais on touche les feuilles argentées, duveteuses et allongées des stachys aussi appelées « oreilles de lapin », on essaie de retrouver l’odeur du poivre des épis violacés du vitex ou « poivre de moines », on ne manquera pas de goûter la pomme ramassée sous les pommiers mêlés aux poiriers, tous plantés en espaliers.

Bucolique, champêtre, romantique, chacun d’entre nous exprime selon sa sensibilité sa perception du jardin. Pour une de nos fidèles marcheuses, les bancs et fauteuils de bois bruts dispersés ajoutent une touche de romantisme au tableau. Rêveuse et romantique, elle avait depuis longtemps abandonné ses robes à crinoline pour venir s’asseoir au jardin.  Mais elle avait conservé le raffinement de ses gestes, et de ses mains gantées elle ouvrait  son ombrelle pour que les derniers soleils de septembre n’altérassent point la blancheur de sa peau [3]. 

Les topiaires.La sauge.

Les géraniums.L'arche de lierre.

 

 

 

Bancs et fauteuils, parfois installés à l’ombre des arbres, invitent le visiteur à s’asseoir un instant, tout simplement pour le plaisir de regarder : « chaque recoin du jardin donne à voir une perspective différente » [1]. Ou tout naturellement pour se reposer ou rêver, entendre frissonner les graminées sous la brise, sentir un parfum venu on ne sait d’où, de quelque rose ancienne au nom encore mystérieux.

La longue haie de rosiers Robin Hood a refleuri au mois d’août. Mais c’est au printemps que « l’éclosion des roses magnifie le lieu » [2], qu’un gracieux Sourire d’Orchidée se pare de bouquets rose nacré d’une douce fragrance ; c’est en été que le rosier Yolande d’Aragon, arbustif, dissimule dans son feuillage dense ses larges fleurs écarlates sans altérer leur exhalaison ; que les roses blanches au cœur nacré de Madame Alfred Carrière, léger et vigoureux, enivrent d’un parfum puissant leurs entours …

Un invité de pierre nous a précédés, alors que nous gagnons les fauteuils que Michel Fortin a installés à l’ombre des bouleaux. Cette copie du Un cadre très apprécié pour notre goûter.David de Michel Ange est en réalité là depuis longtemps, debout sur son socle de pierre. Au fil des années, un lierre à feuilles fines lui a tressé une parure qui le recouvre entièrement, à l’exception d’un de ses bras, dont nous n’avons pas reconnu le propriétaire au toucher. Régulièrement, les visiteurs se plaisent à dégager son visage des tiges de lierre envahissantes.

Sirops et glaçons ont accompagné le menu de notre goûter habituel… Nous nous sommes proposés de revenir lors de la pleine floraison du parc, quand le Roi de Siam grimpant et sarmenteux refleurit, et se couvre de ses roses lourdes,  pleines et pulpeuses, au parfum aussi pur et intense que leur carmin.

Michelle, Brigitte et Claudine.    

1. www.parcsetjardins.fr/poitou_charentes/chez_chiron
2. www.alpc.culture.gouv.fr
3. À l’attention de notre amie la fidèle marcheuse.


Carnets de marches 2015-2016, 2014-2015 et 2013-2014.

Retrouvez les carnets de marche des saisons dernières dans ces documents au format PDF : Carnets de marche 2015-2016Carnets de marche 2014-2015 et  Carnets de marche 2013-2014.