Spectacle au musée rural du Vieux Cormenier

30 Juillet 2016

21 personnes ont participé, le 29 juin 2016, à notre excursion de fin d’année et ont assisté au spectacle proposé par le musée du Vieux Cormenier, à Champniers dans la Vienne. Un spectacle en scénovision qui nous a immergés dans les us et coutumes d’un petit village de campagne à l’aube du XXe siècle, alors que chez les Bernardeau, Madeleine vient de donner le jour au petit Pierre. Nous suivrons ses pas au rythme des saisons jusqu’au lendemain de la Grande Guerre.

Paillou raconte le printemps

Onze heures sonnaient quand notre minibus s’est garé au lieu-dit Chez Bernardeau, au pied des bâtiments qui abritent les huit salles du musée du Vieux Cormenier, sur une surface de mille mètres carrés. Tout près, un cormier domine de toute sa hauteur et de ses trois cents ans les autres arbres qui ombragent une aire de pique-nique aménagée.

En attendant l’ouverture du musée, Mélanie, l’hôtesse d’accueil,  nous a suggéré d’emprunter l’un des trois circuits fléchés mis en place à l’intention du public : le chemin des épouvantails, « À travers champs » ou « Nature et traditions ». Nous avons opté pour le premier,  une boucle d’environ un kilomètre et demi accessible pour tous. Les épouvantails, personnages affublés d’oripeaux divers et variés ont alors accompagné notre balade, debout sur le bord du chemin, ou un peu retirés dans le sous-bois. Arrivée au Vieux Cormenier

L’heure du déjeuner approchant, nous avons abandonné nos compagnons de route aussi inquiétants que rigolos, pour regagner le village. Chez Bernardeau, les maisons basses typiques ont gardé leurs dépendances, leur cour et leur four à pain. De retour au Vieux Cormenier, c’est dans un joyeux brouhaha que nous nous sommes installés dans une salle adjacente, mise à notre disposition avec ses tables et ses bancs pour notre pique-nique. Le grand air a creusé les estomacs, et la sangría fraîche offerte par Brigitte finit d’aiguiser les appétits. Où que nous soyons, les repas font partie des moments conviviaux que nous apprécions tous, et où la bonne humeur s’invite naturellement.

Nous saurons gré à Jean-Claude, fondateur du musée, d’avoir eu l’idée d’une visite en deux étapes. Une première en sa compagnie où il ferait lui-même l’indispensable description pour les non et malvoyants des lieux et des changements de décors, des passages d’une époque à une autre, des automates et des objets ; nous serons d’ailleurs invités à en toucher plusieurs, tels les lourdes tenturesIls sont beaux ces épouvantails. rouges des lits à baldaquin, le berceau et la poussette à trois roues du petit Pierre, tous installés dans la cuisine des Bernardeau. Une seconde étape qui correspondrait au spectacle en scénovision habituellement proposé, animé et commenté par Paillou, l’épouvantail conteur.

Notre engouement était déjà unanime au terme de la première visite, après un retour vers un passé moins éloigné de nous qu’il n’y paraît. Pour beaucoup, le Vieux Cormenier reprenait le récit que nos grands-parents nous faisaient de leur histoire ; d’autres ont retrouvé une partie de leur vécu dans les us et coutumes qui se sont prolongés pendant de longues années : le seau à puiser l’eau sur l’évier de la cuisine, la leçon de morale écrite sur le tableau noir de l’école, l’autorité du prêtre dans les villages.

En spectateurs avertis mais néanmoins avides d’en savoir plus, nous allions rejoindre Paillou l’épouvantail conteur et « audiodescripteur », tout de paille fabriqué comme son nom l’indique. C’est lui qui va être notre guide, pendant que Jean-Claude assurera notre sécurité lors de notre passage par les différentes portes qui ont un temps limité d’ouverture.

« Nous sommes le 29 septembre 1898 », jour de la Saint-Michel, jour crucial au calendrier du monde rural de l’époque.« É Notre guide Jean Claude est à l'écoutecoutez le silence, écoutez le temps qui passe », ajoute Paillou, après nous avoir invités à venir nous réchauffer près de la cheminée. Une cloche sonne, un coq chante, on entend le tic-tac de la pendule ; alors que tous nos sens sont en éveil, le temps s’écoule paisiblement dans la cuisine des Bernardeau, au rythme des premières heures de la vie du petit Pierre qui pleure dans son berceau et de la comptine que lui fredonne sa grand-mère. « Ses lèvres bougent, sa main agite le berceau ; la marmite fume même au bout de la crémaillère », nous chuchotent nos accompagnateurs.

Après les voix bruyantes des hommes rentrant de la chasse, ce sont des cris d’enfants que nous percevons. Une cloche tinte, l’instituteur, automate en blouse grise et à l’air sévère,  rappelle les écoliers puis agite sa règle derrière son bureau. Nous sommes le 20 octobre 1904 dans une école publique, une carte de France privée de l’Alsace et de la Lorraine est accrochée sur un des murs. Aucun d’entre nous n’a essayé de résoudre le problème d’arithmétique dont l’énoncé est inscrit au tableau, au risque d’endosser le bonnet d’âne posé à même une chaise… Pour les écoliers vêtus de leur blouse grise et chaussés de sabots, le seul objectif est d’obtenir le Certificat d’études ; il est fort probable que leurs parents soient nés avant que l’école ne devienne obligatoire… Les élèves ont appris leurs tables de calcul et les récitent alors que  le petit Pierre, agé de  6 ans, tourne légèremePetit Pierre à l'école.nt la tête vers l’extérieur ; pour lui dit Paillou, l’intérêt est ailleurs et il s’évade en pensée…

Des effets spéciaux vont illuminer un des murs de la salle de classe et laisser apparaître, comme à travers un fin voilage,  l’enfant en train de pêcher au bord d’une mare en pleine nature ; veut-on que les illusions du spectateur rejoignent les rêveries du petit Pierre, veut-on simuler les premières brumes de l’automne ? Sur le mur opposé, par un procédé semblable, ce sont de nouveaux automates qui s’animent au milieu  de scènes champêtres : vendanges, cueillette des pommes, ramassage des noix et des châtaignes…

Si la scénographie insiste sur les quatre saisons qui rythment la vie à la campagne, elle met aussi en évidence les  moments forts dans une vie d’enfant. Après l’entrée à l’école, la communion de Pierre, dans les années 1910-1911, témoigne à la fois du temps qui passe et d’un rituel ancré dans les traditions de l’époque. Depuis les bancs où nous sommes assis, nous entendons sonner les cloches, et assistons à la sortie des automates de l’église, tout au fond de la grande place du village. Paillou est là bien sûr, mais également Pierre dans son costume sombre de communiant, une jeune fille en robe blanche elle aussi âgée d’une douzaine d’années, et le prêtre surnommé le curé rouge qui a réellement vécu. L’abbé Guérin, dit le curé rouge parce qu’il était albinos, intriguait d’autant plus qu’il maîtrisait la foudre et protégeait la paroisse des orages violents. C’est d’ailleurs ce qu’affirme une des femmes venue faire cuire son pain au four du village aCuisson du pain.lors que le tonnerre gronde. Or, précise Paillou, le prêtre restera impuissant face à ce nouvel orage qui s’annonce… nous sommes en effet à la veille de la Première Guerre Mondiale.

Août 1914 ; le conflit mondial vient d’éclater. Les hommes du village sont partis pour la Grande Guerre, et ne participeront pas cette année aux moissons relatées sur l’écran géant de la dernière salle du musée ; successivement, nous parviennent le bruit assourdissant des éclats d’obus et le croassement lugubre des corbeaux. La guerre et son chaos trouvent leur métaphore dans le violent orage, prédit différent des autres, et dont les éclairs sont simulés par des jeux de lumières ; à la surprise générale, une bruine véritable tombe sur nos têtes. La fin de l’orage marque la fin de la guerre, le retour à une vie presque comme avant, la poursuite des travaux des champs en présence des hommes, ceux qui sont revenus de la guerre. Pierre est un de ceux-là. Il reprendra la ferme familiale et connaîtra la mécanisation de l’agriculture. L’histoire du petit Pierre, comme  le spectacle, se termine sur les images de son mariage.

Avec force détails, le spectacle en scénovision du Vieux Cormenier associe décors de cinéma, décors de théâtre, projection en relief… Les personnes voyantes de notre groupe nous ont conté les automates plus vrais que nature : le visage ridé des deux grand-mères, la précision de leurs gestes, l’une filant la laine sur un rouet, l’autre en train de casser des noix à l’aide d’un maillet de bois ; en hiver, on mettait à profit la veillée pour les menus travaux, on racontait aussi des histoires d’antan aux jeunes enfants, on se réunissait dans la cuisine. Dans celle des BeLa veillée.rnardeau, une multitude d’objets sont exposés, du fer à repasser en fonte à la lampe à huile, en passant par le miroir qui permettait aux hommes de se raser, ou la maie où l’on conservait le pain cuit depuis plusieurs jours.

Grâce à la spacialisation sonore, nous sommes, malvoyants et aveugles, immergés nous aussi au cœur d’une époque où se mêlent fiction et réalité historique. Citons pour exemple les conversations sur la place du village entre le bourrelier et son client, le bruit du marteau sur l’enclume du maréchal-ferrant, le fracas de la guerre. D’autre part, le spectacle du Vieux Cormenier inclut les techniques de l’odoravision, que la plupart d’entre nous ne connaissaient pas. Ainsi, senteurs de glycine et parfums de miel sont-ils synchronisés avec le bourdonnement des abeilles et les décors printaniers, où Paillou nous attend de nouveau ; assis sur sa brouette, il n’ose plus bouger depuis que des chardonnerets ont construit leur nid dans sa main ! Laissons donc le temps d’éclore aux petits œufs… Il nous est finalement devenu bien attachant, ce Paillou !

Nous tenons tous à exprimer nos remerciements à Patrice et Michelle, bénévoles de notre comité, qui connaissent le Vieux Cormenier de longue date, et qui ont sollicité Jean-Claude pour une visite adaptée de son musée. Novice en la matière, nous sommes d’autant plus reconnaissants envers Jean-Claude de nous avoir consacré toute son attention, et d’avoir Le public attentif.enrichi la visite d’une multitude de précisions et d’anecdotes. Dans la salle des machines agricoles ou le musée proprement dit, ses explications ont été précieuses quand nous avons pu approcher et toucher les faneuses et javeleuses, les pressoirs et semoirs, le tracteur de 1917 avec ses roues en fer ou l’alambic ambulant… Il serait long et fastidieux de citer la totalité des nombreux matériels, mais leur découverte a suscité l’intérêt de tous.

Claudine.