L'archéologie à portée de main

06 Juin 2016

Il est toujours préférable, lors de nos sorties culturelles, que nous puissions toucher les objets pour distinguer leurs formes et apprécier leurs matériaux afin de nous les représenter. Le 20 mai dernier, avec l’aimable autorisation du Conseil Départemental, une sélection d’objets multiples et variés, précieusement conservés au dépôt de fouilles archéologiques de la Charente, ont tout spécialement été mis à notre disposition pour une découverte tactile.

Poterie néolithique (-4000 ans)

Le dépôt de fouilles archéologiques de la Charente est devenu depuis peu un Centre  de Conservation et d’Études, à l’image de ses partenaires  de Saintes, Bougon et Poitiers. Outre sa fonction de conservation du mobilier archéologique charentais, il  constitue un outil de travail destiné aux archéologues, chercheurs, enseignants et étudiants. Le CCE n’est par conséquent qu’exceptionnellement ouvert au public.

Est-ce le café et le thé offerts à notre arrivée, est-ce la menace d’une interrogation écrite à l’issue de la visite ? Nous ne saurons déterminer les causes du vif intérêt que chacun a manifesté, mais nous pouvons assurer que la gentillesse et le dynamisme des trois animateurs du CCE y ont largement contribué.

Des dizaines, voire des centaines de caisses en plastique rangées sur autant d’étagères dans l’aire de stockage contiennent le mobilier archéoloAccueil de notre groupegique recueilli aux quatre coins du département : Barbezieux, Palais de Justice d’Angoulême, villa gallo-romaine d’Embourie… « À gauche le travail qui a été fait, à droite celui qui reste à faire » nous précise Sandrine. Ce travail consiste, dans ses principales étapes, à laver, à trier, à photographier, à numériser les vestiges avant de les mettre dans les sachets puis dans les caisses référencées.

Si les vestiges proviennent de lieux différents, ils appartiennent aussi à différentes époques allant, à l’exception des fossiles, de la Préhistoire au XXe siècle, des outils de silex du Paléolithique à la vaisselle abandonnée de nos grand-mères. Trois mobiliers, dont nous avons pu distinguer les motifs sous nos doigts, témoignent de la diversité et de l’amplitude des datations : un chapiteau du XIIe siècle décoré de tiges et de feuilles d’acanthes, découvert près de la cathédrale d’Angoulême, et provenant de la partie de l’édifice démolie lors de la Révolution Française ; un bloc de pierre sculpté d’un lion, fragment d’un support décoratif non déterminé, et probablement d’époque romaine ; le moulage d’une frise pariétale sculptée découverte dans la grotte du Roc -aux -sorciers dans la Vienne ; certes une frise d’un autre département, mais comparable Moulage de la frise du Roc-aux-Sorciers (Angles-sur-Anglin,86), période magdalénienne -15 000 ansà la frise de la Chaire à Calvin, à Mouthiers-sur-Boëme, et toutes deux datées du Magdalénien. Aidés de nos amis voyants, nous avons reconnu les formes des sculptures d’un cheval et d’un bison, et noté la finesse de leurs détails.

Confortablement assis autour des tables où maints objets étaient disposés, attentifs aux précisions apportées aussi bien par Sandra que Julien ou Sandrine, nous nous sommes alors intéressés à des mobiliers de plus petite taille : silex dentelés à l’image de racloirs recueillis lors des fouilles de 1994 à Font Pinette, près de Barbezieux ; un fragment galbé d’un pot d’argile imposant, vieux d’environ 4000 ans. Sa pâte grossière et rugueuse, caractéristique des pots de stockage, a été travaillée pour réduire l’aspérité des parois, et pour obtenir des formes fines, dont un cordon en relief ornant la paroi extérieure parfaitement perceptible au toucher.

Perceptible aussi était l’affinage des poteries, constaté en manipulant les céramiques gauloises, datées d’entre 800 et 450 ans avant notre ère, et issues des fouilles opérées dans la zone du Palais de Justice d’Angoulême. Nous avons distingué trois principales catégories de céramiques : les pots de stockage d’une pâte encore grossière et granuleuse ; les pots à cuire à fond plat ; la vaisselle utilisée lors de repas festifs, d’argile finPot gallo-romain orné d’un décor à la molette (IIe-IIIe siècle après J.-C.)e, de structure nettement moins épaisse et  aux parois lisses.

Les fouilles effectuées dans cette même zone ont également mis au jour des céramiques sigillées, introduites en Gaule par les potiers italiens vers -50, et diffusées peu à peu dans toutes les provinces gallo-romaines. Nous avons senti sous nos doigts, sur l’argile fine d’une pièce de vaisselle raffinée, le sceau en relief du moule utilisé par le potier ou par son atelier de production. L’utilisation de moules a permis une fabrication intensive des céramiques sigillées jusqu’au IIIe siècle, par les ateliers du sud de la Gaule essentiellement, qui exportaient leur production dans tout l’empire romain en empruntant l’axe rhodanien.

Au IVe siècle, au moment où la céramique sigillée gauloise voyait sa production décroître en quantité comme en qualité, les ateliers d’Argonne principalement produisaient et exportaient des céramiques d’argile différente, aux décors très diversifiés (floraux, religieux). La décoration à la molette, figurant sur l’une des céramiques qui nous ont été proposées, était très utilisée.

Avec la romanisation de la Gaule se sont également multipliées les fresques murales dont un fragment nous a été Présenté. Si les couleurs nous sont inaccessibles, il est néanmoins intéressant dePoterie médiévale (XIIe siècle) connaître les techniques de la fresque murale : le mur destiné à recevoir la peinture est recouvert de trois couches successives de plus en plus fines d’un mortier de chaux et de sable ; la dernière couche est badigeonnée d’un lait de chaux et doit rester humide pour recevoir et fixer les pigments le plus souvent d’origine minérale. Le CEE de la Charente a recueilli les exceptionnelles fresques murales de la villa gallo-romaine d’Embourie, occupée du Ier siècle avant J. -C. au Ve siècle après J. –C.

De l’époque romaine, nous nous rappellerons aussi un sesterce de bronze, épais et large, de la fin du  Ier siècle et frappé du profil d’un visage sur une face, des colonnes d’un temple sur l’autre ; une figurine sigillée de terre cuite moulée, que les fouilleurs trouvent en grand nombre, et que les Gallo-Romains déposaient aussi bien dans les tombes et les sanctuaires que dans leurs habitations. De la longue période médiévale et de ses lentes évolutions, nous citerons quelques objets de la vie quotidienne : petite bouteille de terre cuite grossière trouvée dans une tombe à Theil-Rabier ; pichet d’argile légère du XIIe ou XIIIe siècle, vernis et décoré ; mortier à piler ; peson de terre cuite en forme de prisme pour métier à tisser ; éléments de tabletterie en os : épingle à cheveux et  charnière.Poterie médiévale (XIIIe siècle)

Alors que nous examinions les différents objets sélectionnés, Sandra n’a pas manqué de les mettre en relation avec les us et coutumes de leur époque, et d’agrémenter la visite de quelques savoureuses anecdotes. La découverte fortuite du vase de Mathay dans le Doubs, recelant des milliers de bijoux de bronze et d’or depuis 3000 ans, aura ému et laissé rêveurs nombre d’entre nous. Par ailleurs, nous sommes cordialement invités à participer aux visites guidées et aux spectacles des nuits archéologiques organisés l’été prochain sur le site gallo-romain de Chassenon.

Claudine.